BIOGRAPHIE

Immersion autobiographique dans la vie d’une déracinée proche de Soeur Emmanuelle

La vie de Diariata Coulibaly s’annonçait sans histoires. Née en 1965 d’une mère Peule et d’un père Bambara, elle est la cinquième enfant du couple. Tout bascule cependant à l’âge de deux ans : elle contracte la Poliomyélite et se retrouve brusquement handicapée.

Or, dans la société qui était la sienne, un enfant handicapé apporte la honte sur sa famille. La petite Diariata part chez sa grand-mère maternelle, qui accepte de lui offrir un toit pour la mettre à l’abri des regards. Séparée de ses parents, n’ayant bénéficié que de quelques mois de traitement à l’hôpital de Kaédi, Diariata entame une période d’exil et de rejet, durant laquelle son entourage ne l’appelle plus que « moitié de personne ».

Grandir à Kaédi en Mauritanie malgré le handicap et les préjugés

À l’âge de 8 ans, Diariata Coulibaly part à la reconquête de son prénom et de ses droits. Elle entend un de ses cousins parler un jour de l’école et se fixe pour objectif d’apprendre à chanter, à compter et à lire, comme les autres enfants de son âge. Accompagnée de ses deux seuls amis, les chiens de sa grand-mère, elle décide de se rendre à l’école par ses propres moyens – en se trainant sur le sol brûlant – pour se faire inscrire. Il lui faudra réitérer sa démarche plusieurs fois pour obtenir ce qu’elle veut.

Ce premier objectif atteint, elle ne se repose pas sur ses lauriers : prix d’excellence après prix d’excellence, elle parvient à aller au collège, puis au lycée. Enfin, c’est la consécration : Diariata est bachelière – sans doute une des premières filles handicapées du pays à obtenir son Bac ! Elle part à la capitale suivre une maîtrise de Droit – son nouveau rêve : se consacrer à la défense des droits des femmes et des personnes en situation de handicap.

ENFANCE

Exil : Se battre pour ses droits et ceux de ses pairs grâce à l’éducation !

Parallèlement à ses études, Diariata Coulibaly milite pour faire reconnaitre les droits des personnes handicapées en Mauritanie. Elle sensibilise les femmes dans la rue sur les bénéfices de l’éducation et de l’alphabétisation, organise des conférences et monte des partenariats avec des ONG pour obtenir des aides techniques (fauteuils, cannes…) pour ses pairs.

Invitée dans plusieurs congrès internationaux, aux Etats-Unis et en Australie notamment, pour représenter la Mauritanie, Diariata devient une militante accomplie. Mais la réalité est toute autre dans son pays. C’est alors qu’elle prend une des décisions les plus difficiles de son parcours : quitter la Mauritanie, sans le soutien de sa famille, pour se réfugier en France.

Envol : mener une carrière de fonctionnaire international de l’ONU

Diariata Coulibaly arrive à Paris chez des amies rencontrées au fil de ses activités militantes. Rapidement, sa situation devient très précaire. Son titre de séjour expiré, sans possibilité de se faire une place à Paris, le désespoir commence à la gagner. C’est alors qu’une de ses amies propose d’envoyer son dossier à l’association Asmae. Brillante idée : quelques semaines plus tard, Diariata reçoit un appel téléphonique inattendu et providentiel de Sœur Emmanuelle en personne.

Cette dernière l’aidera à suivre un doctorat de Droit International à l’Université de Nice et l’encouragera à se rendre un an aux Etats-Unis pour parfaire son anglais. Suite à cela, Diariata Coulibaly est recrutée par les Nations Unies. Elle peut enfin réaliser son rêve : mettre en place des programmes de défense et d’intégration des plus démunis (les enfants en particulier), et notamment des personnes en situation de handicap !

Récit autobiographique : transmettre son expérience de vie par l’écriture

La mise en écriture de son récit de vie a été une véritable épreuve pour Diariata Coulibaly. Comme elle le dit dans les premières lignes de son témoignage, « dans la société d’où je viens, et donc à travers mon éducation, j’ai appris que le fait de présenter un récit autobiographique à la première personne dénotait un certain manque d’humilité et pouvait même être considéré comme de l’arrogance ».

Diariata est donc allée à l’encontre de ses codes pour vous livrer, en français, un témoignage poignant sur son parcours. Deux années d’écriture et de relecture s’achèvent aujourd’hui avec la publication de Moitié de Personne aux Editions Baudelaire, préfacé par Patrick Poivre d’Arvor.

Son message est simple et fort à la fois. Diariata souhaiterait que son récit aide les personnes dans la difficulté à surmonter les obstacles, avec patience et persévérance. Elle espère que son témoignage pourra apporter un certain espoir aux démunis, aux malchanceux et aux victimes d’injustices. Enfin, elle aimerait partager avec ses lecteurs son amour de la vie et la richesse de ses deux cultures, française et mauritanienne.

« Lorsque je regarde en arrière et que je me revois assise dans la case de Grand-Ma, je me dis que beaucoup de chemin a été parcouru. Grâce à toutes les personnes qui ont cru en ce que je faisais et qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Grâce à l’école et à l’éducation. Les situations les plus difficiles sont parfois celles qui mènent aux plus belles rencontres. Et parfois même, qui sait, à la rencontre d’une moitié de personne… »