MOITIÉ DE PERSONNE

INTRODUCTION

Comment recevoir une éducation quand on est une femme en situation de handicap en Mauritanie ?

Dans ce récit autobiographique, Diariata Coulibaly nous raconte son combat en tant que femme en situation de handicap en Mauritanie. Née en 1965 à Kaédi, au sud du pays sur les rives du fleuve Sénégal, elle contracte la Poliomyélite à l’âge de deux ans. Sa vie est alors bouleversée. Rejetée par ses parents, envoyée chez sa grand-mère à l’abri des regards, elle comprend qu’elle ne disposera jamais plus des mêmes droits que les autres enfants de son âge. Une « moitié de personne » ne va pas à l’école, ne se marie pas, ne travaille pas, ne vit pas. Elle se fait oublier.

Plongez-vous dans le récit autobiographique émouvant d’une personnalité insolite !

Il n’en sera cependant pas ainsi. Diariata parviendra progressivement à regagner sa dignité, à reconquérir son prénom, à reprendre sa place parmi les siens… et à poursuivre son chemin au-delà même des frontières de la Mauritanie.

En 2016, elle entame l’écriture de « Moitié de Personne », le récit de sa vie. Il y retrace son enfance perturbée par la Polio, sa découverte de l’école, son envie d’apprendre, ses premiers succès… Et tous les échecs, les coups, les méchancetés, les préjugés qui se sont trouvés sur sa route.

« Depuis toute petite, l’écriture a été une alliée fidèle. Je retranscrivais mes expériences d’enfant dans un petit carnet qui ne me quittait jamais. Ces notes, prises tout au long de mon parcours, m’ont aidées à me lancer dans ce projet d’écriture autobiographique. La retranscription de ce récit a constitué un grand soulagement – il m’a aidé à mieux accepter mon handicap, à me remémorer toutes les choses positives qui m’étaient arrivées. L’écriture m’a surtout permis de transmettre un message important pour moi, l’idée que malgré les difficultés rencontrées, il y a toujours de nouvelles portes qui s’ouvrent. Parfois quand on s’y attend le moins. »

Comment regagner sa dignité en refusant le qualificatif ignominieux de « Moitié de Personne » ?

Quoi de plus violent que d’être considérée comme une « moitié de personne » ? De voir son identité, ses droits, bafoués au quotidien ? De n’avoir pas d’autre avenir que celui de vivre caché, ou de mendier dans la rue…

La petite Diariata, à l’âge de huit ans, entend un de ses cousins parler de l’école. C’est le déclic qu’il lui faut pour reprendre sa vie en main. Elle se traine sur 2,5 km pour découvrir ce lieu plein de promesses et être inscrite en classe élémentaire. Elle refera cette démarche autant de fois qu’il le faudra pour avoir droit à une éducation. Sa première année de scolarisation se clôt sur l’obtention du prix d’excellence.

Aujourd’hui, cela fait longtemps qu’on ne l’appelle plus « moitié de personne ». Elle sait cependant que de nombreux individus en situation de handicap subissent des qualificatifs similaires de par le monde. C’est pourquoi sa vocation est d’œuvrer pour que les choses changent, et que plus personne ne se voit refuser l’usage de son propre prénom.

Moitié de Personne : 3 rencontres inespérées qui ont illuminé ma vie

« Aussi insolite soit-elle, la première rencontre qui changea ma vie fut avec les deux chiens de ma grand-mère. Lorsque j’étais enfant, ils étaient les seuls à accepter ma compagnie, sans me juger. Et ils me protégèrent à de multiples occasions alors que je me rendais à l’école de mon quartier.

La rencontre la plus décisive de ma vie fut avec Sœur Emmanuelle. Cette sainte me tendit la main alors que je connaissais une des périodes les plus sombres de ma vie, après mon arrivée en France. Je lui dois d’avoir pu poursuivre mes études de Droit et de m’avoir apporté un soutien indéfectible.

Enfin, lorsque je me suis décidée à coucher sur le papier le récit de ma vie, j’ai reçu les encouragements de Patrick Poivre d’Arvor, qui a eu l’extrême gentillesse de préfacer mon livre. Je sais que Sœur Emmanuelle voulait que j’écrive ce témoignage. Je suis très touchée, aujourd’hui, de voir qu’un de ses proches croit également à ce projet. Merci à tous ceux qui l’ont rendu possible. »

Handicap : conseils de survie d’une professionnelle de la débrouille !

Lorsque Diariata obtint son prix d’excellence à l’issue de sa première année d’école, elle fut envoyée dans un autre établissement situé plus loin de chez elle… Derrière une imposante colline. Il n’était pas facile d’en venir à bout tous les matins en se trainant sur les genoux, surtout lorsque des enfants s’amusaient à la faire dégringoler alors même qu’elle touchait au but.

Mais la petite Diariata avait d’excellents résultats et elle fut vite repérée par une autre enfant, véritable terreur de leur classe, qui n’aimait pas perdre son temps à faire ses devoirs. Un arrangement fut rapidement trouvé : Diariata ferait leur travail à toutes les deux, tandis que sa camarade s’engageait à lui trouver un moyen de transport et à la protéger.

Toute la vie de Diariata Coulibaly ressemble à cette colline. Elle a toujours su trouver un moyen de l’escalader, ou de la contourner, avec ou sans l’aide de ses pairs. Cette professionnelle de la débrouille s’est sortie de situations pour le moins difficiles, avec une inventivité sans pareille. Découvrez ses trois conseils pour se sortir des pièges de la vie !

« Tout d’abord, il ne faut jamais s’avouer vaincu avant de se battre. Même si les obstacles paraissent insurmontables. Ensuite, il faut développer des techniques pour pouvoir s’armer de courage quand on en a besoin. Par exemple, je me mettais toujours à chanter lorsque mon moral m’abandonnait. Je me remémorais des souvenirs positifs, je m’imaginais quel serait mon avenir (radieux, évidemment) et je me concentrais sur que ce que j’avais déjà accompli. Il faut savoir dénicher des sources de joie pour pouvoir être courageux. Enfin, on doit accepter de subir l’instant avec patience, et d’attendre. Il y a toujours une lumière au bout des chemins les plus sombres. »